Activité des cercles convivialistes
jeudi mars 23, 2017

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déjà plus de 3600 signatures - Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire. Et urgent. Mais comment dessiner ses contours et le penser ? Ce site veut être un des outils de son invention collective par tous ceux qui, soucieux du bien commun de l’humanité, se reconnaissent d’une manière ou d’une autre dans Le manifeste convivialiste ... Cercles Convivialistes du Grand Ouest

 

GROUPE CONVIVIALISME DE CAEN
Discussion sur le pluriversalisme

 

QUATRIEME REUNION 24 FEVRIER 2015 A LA MAISON DES ASSOCIATIONS

 

Présents : Christiane de Beaurepaire, Anne-Marie Fixot, Jean-Marie Gourvil, Marie-Claude Jacomme, Sylvain Pasquier,

 

Afin de nous aider à entrer dans le débat sur « laïcité et convivialisme » en nous demandant plus particulièrement « qu’est-ce qu’un laïque convivialiste versus un laïque intégriste ? », nous avions décidé de mettre en commun nos ressources documentaires et nos réflexions. Dans cette démarche, lors de la 4ème réunion, Anne-Marie Fixot devait présenter le livre de Raimon Panikkar, Pluriversum, pour une démocratie des cultures, Cerf, 2013, comprenant une introduction de Serge Latouche. L’exposé a suscité de nombreuses réactions.

La pensée de Panikkar nous pousse à accepter une certaine forme de relativité culturelle. Selon lui, il n’y a pas d’universaux humains, les cultures sont irréductibles les unes aux autres. Le transculturel n’existe pas, mais l’interculturalité peut être une voie féconde. En effet, si la sphère du marché se satisfait du multiculturel, la voie démocratique peut conduire à l’interculturalité c’est-à-dire à un « dialogue entre cultures qui exige non seulement le respect mutuel mais aussi un minimum de connaissance mutuelle ». Celle-ci est fondée sur une confiance réciproque qui consiste à accepter l’autre dans sa différence culturelle. « La convivialité est quelque chose de beaucoup plus profond que la simple tolérance mutuelle ». Il peut se dégager des aspirations communes déclinées dans des formes équivalentes « homéomorphiques », mais qui tout en remplissant des fonctions proches ne sont pas identiques ; elles restent irréductibles. A titre d’exemple, le concept occidental et moderne de famille nucléaire n’a pas d’équivalent dans de nombreuses cultures ; la famille nucléaire dans les autres cultures est souvent un sous-ensemble de la famille élargie, celle-ci étant plus prégnante dans la construction culturelle des individus que la relation parents-enfants. Dans cette perspective, nous nous sommes promis de travailler ensemble l’ouvrage de Pierre Legendre, 2014, Tour du monde des concepts, Paris, Fayard.

S’il n’y a pas d’universaux culturels, la notion de nature humaine reste une abstraction. De façon paradoxale, elle ne peut être approchée que dans l’éprouvé, dans l’expérience, traduite dans une langue particulière, et aucune langue métaculturelle ne peut exprimer la nature humaine sans la réduire à des abstractions idéologiques. Cette quête de la nature humaine peut faire émerger des similitudes, des aspirations communes, mais elle ne peut pas passer par une langue qui ne serait pas particulière[1]. Pour R. Panikkar, la seule perspective démocratique possible est celle du dialogue, de l’approche dialogale qu’il oppose donc à l’approche logique, discursive, à la rhétorique. Elle est échange d’expériences, « d’éprouvés », découverte des fondamentaux qui construisent la culture de l’autre, du mythos qui la fonde et qui est irréductible à mon propre mythos. Le dialogue interculturel est donc fondé sur la reconnaissance de l’autre dans sa différence et non dans sa participation d’une culture qui aurait été définie et qualifiée d’universelle. Ce dialogue n’est possible que si prime le désir d’une relation avec l’autre, quelle que soit sa différence, si radicale soit-elle. Il procède d’une relation empathique basée sur l’amour de celui qui est différent et non sur la tolérance de celui qui ne nous ressemble pas tout à fait mais presque.

Ces évocations rapides de quelques prises de position de R. Panikkar nous ont amené alors à nous interroger sur le sens de ce primat accordé à la relation :

- La place de l’altérité n’est pas seulement et nécessairement liée à l’empathie. Il s’agit non pas de se mettre à la place d’autrui mais de ressentir parfois moins ce qu’il ressent c’est-à-dire « du même » mais davantage « de l’autre ». C’est découvrir un autre regard et un autre ressenti, une autre façon d’interroger, de croire, de comprendre, d’exister par rapport aux choses du quotidien, à un goût ou un désir commun. C’est s’écarter du dualisme simpliste et réducteur des oppositions binaires et du conflit des contraires, pour trouver au contraire une source d’enrichissement mutuel. De là nait le plaisir de la rencontre pour elle-même, comme source d’inédit qui n’existe que comme œuvre commune, créée par le « vivre ou le faire-ensemble », advenue de façon inattendue, surgie de la relation elle-même dont personne ne peut se revendiquer a priori le détenteur et/ou l’auteur et pourtant dans laquelle chacun peut se reconnaître. Le processus relationnel devient alors le gage d’une estime de soi et de l’autre, d’une gratitude réciproque. Cet échange nous évoque la position défendue par Tobie Nathan à la fin de Quand les dieux sont en guerre, 2015, La Découverte/ Les empêcheurs de penser en rond :

° Constat de T. Nathan : « La Terre est devenue un espace d’affrontement entre divinités qui persévèrent chacune dans son projet, aujourd’hui obsolète, d’une conquête totale d’un monde. » (p.87)

° Conseil de T. Nathan : Faire comprendre aux dieux « qu’il leur faut partager le monde avec leurs semblables »...« …qu’est fini pour eux l’espoir de l’instauration d’un monothéisme planétaire » (p.88)

° Proposition de T. Nathan : Imaginer un parlement des dieux dans lequel chaque dieu sera représenté, non pas par leur responsables religieux mais « par des êtres humains étranges qui, sans jamais abandonner les leurs, aiment les dieux de leurs voisins jusqu’à s’y intéresser dans leurs différences, dans leurs singularités » (p.90) et entreprennent « d’enseigner à leurs dieux la coexistence au sein des mondes » (p.92).

° Moyens mis en œuvre : S’élever délibérément « contre les recherches de « bonne volonté », de « partage généreux » où le loup se prendrait pour la brebis ; s’engager dans l’aventure sans savoir, espérant à terme l’apparition du mouvement recherché puisqu’il n’appartient à personne de le déclencher. Il nous faut accepter d’être habité de terreur…Car, en la matière, le plus grave danger réside dans l’interreligiosité tiédasse qui a pour seul résultat d’exacerber les violences des dieux non reconnus dans leurs exigences propres ; et aussi de voiler le caractère nouveau et cataclysmique des affrontements entre dieux mal nourris… » (p.93). « Favoriser les alliances impossibles, poursuivre le projet fou d’associations impromptus entre hétérogènes afin de fabriquer la paix, » (p.94) qui est une œuvre, une conquête qui se travaillent….

Au total, l’échange avec autrui et ce qui n’est pas moi me fonde comme personne relationnelle toujours en dévoilement alors que la relation avec ce que je somme d’être moi, me réduit à n’être, que ce que je crois être.

- Cette réflexion nous engage aussi dans la voie d’une communication ouverte, non définie à l’avance, et dans une expérience. Celle-ci donne alors à la communication qui s’engage le statut de « relation », et la place plutôt dans le champ de la phénoménologie, que dans celui de l’ « information ».

Nous ne sommes plus ici dans la juxtaposition de cultures, susceptibles de s’affronter, de s’ignorer, de s’évaluer, forcément étrangères les unes aux autres, mais dans celui de l’anthropologie, sous sa forme primordiale, enracinée dans des champs divers, de la biologie à l’éthologie, de l’intersubjectivité au mythe et à l’identité « transcendée ».

La relation qui s’engage et s’installe détient en effet son identité propre et spécifique, ainsi que sa forme et son contenu, qui tiennent moins aux cultures en présence qu’à la relation elle-même, du fait de l'intention qui la caractérise et de sa manifestation, l'action intentionnelle (rencontre, communication, échanges etc…). C’est elle qui l'engage et la construit, en tant que troisième terme, ou 3ème instance, avec sa spécificité, ses codes et ses lois, (« subsumant » alors les spécificités culturelles).

Cette relation n'est donc ni un hasard, ni un artefact, elle témoigne dans tous les cas d'une "intentionnalité" (au sens phénoménologique du terme et selon la conception de Brentano et de Husserl), c'est à dire d'un "objet intentionnel"- ou « contenu intentionnel » - but d'un désir, d'une intention, ou de toute autre motivation, et constituant de la sorte la raison même de la relation (de sa démarche, de la démarche relationnelle).

L"objet intentionnel" propre à la relation peut être "utilitaire", relatif par exemple à des besoins, des marchés, des intérêts, ou plus "affectif" et moins matériel, moins "extérieur", relatif par exemple à la naturelle "curiosité" de l'autre, ou au besoin d'imitation", d'identification, d'appropriation, voir d'appartenance etc…

Et c’est bien l’ « intentionnalité » de la relation qui lui donne sa spécificité et qui permet, en tant qu’elle en constitue l’« objet commun », d’opérer le lien d’appropriation et d’appartenance entre cultures et individus de cultures différentes, en en faisant le lieu de l’inclusion culturelle et du « bien commun ».

Ce point de vue n'est pas idéologique du tout, il est…éthologique, propre à l’espèce et à la tendance bien primitive à échanger, à posséder, à former des groupes, des collectivités, des sociétés…, à l’origine de systèmes plus ou moins complexes, engendrant des lois, des codes, des règles, qui, en effet, donnent une véritable identité culturelle, possiblement solubles (ou non selon notre indo-ibère) dans une autre identité culturelle.

Les cultures ne s'excluent donc pas forcément, dès lors que de la rencontre naît la relation dont l’intentionnalité implique forcément l’appropriation de tout ou partie de la culture de l’autre, et apparaît ainsi, d’un point de vue épistémologique et non moral, comme une manifestation humaine d’ « ordre supérieur ».

L'anthropologie qui s’ouvre devant nous est celle de la découverte, du non encore défini et pour aller plus loin vers une anthropologie qui place l’intérêt pour le « non encore connu » comme source de notre humanité.

Cette réflexion bouleverse les réflexions sur la laïcité et l’éducation. Le foisonnement des cultures permet que chacun assume celle dans laquelle il se reconnaît et qu’il puisse en faire part dans l’espace public. La posture démocratique consiste à se mettre en quête de compréhension. Cette réflexion toutefois entraîne la nécessité de la définition d’un cadre démocratique d’échanges culturels mais qui ne définit pas a priori les contenus des échanges et ne cherche pas à définir un minimum culturel commun, universel qui renverrait le reste dans la sphère privée ou communautaire, le cadre démocratique ne fixe que la forme de l’échange.

Il a été convenu que la prochaine réunion sera consacrée à une réflexion autour du convivialisme et de l’altérité. La formulation retenue est la suivante : COMMENT ECHANGER DANS LA DIFFERENCE ET JUSQU’OU PEUT-ON LE FAIRE ? Christiane de Beaurepaire présentera une réflexion sur ce thème.

PROCHAINE REUNION LE 2 AVRIL A 18H A LA MAISON DES ASSOCIATION. La salle est réservée


[1] Jean-Marie Gourvil y voit alors une analogie avec le néo-platonisme qui distingue la connaissance cataphatique et la connaissance apophatique. Après avoir épuisé les ressources du langage positif, la quête de connaissance du monde rompt avec l’ordre du discursif et de la rhétorique; l’expérience apophatique n’est pas de l’ordre du non-sens (nominalisme), mais d’un donné plus complexe que celui de la transcription logique des mots. Elle en appelle davantage à l’analogique et aux correspondances à l’instar de l’expression poétique.

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