« Je pense que la destruction du sol va avec la destruction des humains » Paul Bedel

Depuis ses origines, l'agriculture a été diverse. Dans chaque ferme, les paysans cultivaient différentes plantes, des graminées, des légumineuses, des céréales, des crucifères et divers légumes (haricots, pommes de terre, flageolets, petits pois, etc). Il en était de même pour les animaux : vaches, chevaux, moutons, porc, lapins, volailles... se côtoyaient harmonieusement, et c'est sans parler des haies bocagères et fruitières qui fournissaient du bois et des fruits (pommes, poires, prunes, cerises, etc). Finalement, cette diversité permettait aux familles de paysans de se nourrir sur place, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, d'avoir un revenu assuré sans subir les aléas des cours mondiaux aux variations artificielles et spéculatives, car les sources de revenus étaient diverses. Tout cela fut vrai jusqu'à l'apparition de la chimie en agriculture. Ce qui devait être une révolution finalement vire au cauchemar. 

 Sacré antipape du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), depuis belle lurette et, plus récemment, pape de la décroissance, je me sens assez à l’aise, bien que laïc et athée, pour affronter le pape de Rome et ses cardinaux, la curie, les évêques et les curés de campagne. « La France et l’Italie sont deux pays frères. Les Italiens sont des Français du Sud et les Français des Italiens du Nord », ai-je coutume de dire. Et j’ajoute : « toutefois, malgré toutes les similitudes qui nous unissent, il y a une grand différence irréductible : la France est un pays laïc dans lequel il y a des catholiques, des protestants, des musulmans et beaucoup d’athées, l’Italie est un pays catholique dans lequel il y a toutes sortes d’hérétiques et même des non-croyants ». Des amis italiens, donc, m’avaient suggéré naguère de penser à un Saint François d’Assise pour ma collection des précurseurs de la décroissance, le dit François ayant déjà été proclamé saint patron de la décroissance, bien avant que le cardinal Bergoglio ne soit pape et se déclare à son tour « saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie » (15). Je me suis alors procuré les Fioretti, et les ai lus intégralement, sans avoir vraiment trouvé matière à en tirer un opuscule crédible pour la collection. C’est donc dans un état d’esprit sceptique que j’ai abordé cette encyclique franciscaine (et jésuitique…) dont l’ami Carlo Petrini, lui-même athée, mais en relation cordiale avec ce pape argentin, d’origine piémontaise - sa nièce Eleonora Bergoglio travaille à Slow Food - m’avait informé bien avant sa parution officielle qu’elle serait « décroissante ». Quoi qu’ayant reçu par internet la version italienne un peu avant sa sortie officielle, je ne me suis pas précipité pour la lire et, sollicité par les journalistes, j’ai refusé tout entretien sur le sujet avant de l’avoir lue intégralement et calmement dans l’édition papier française que j’ai fini par me procurer. Je dois reconnaître que je n’ai pas été déçu. Tout en cherchant à fonder sa légitimité sur la doxa, la déclaration pontificale marque une incontestable rupture, constituant, selon les termes employés, un plaidoyer pour une écologie radicale, même si cette radicalité ne va pas aussi loin que le projet canonique de la décroissance. 

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