J’ai vécu passionnément pendant la Résistance l’espoir d’une démocratie sociale. Celle-ci a gagné du terrain, appuyée sur le rôle redistributeur et régulateur de l’Etat, après la deuxième guerre mondiale.Un retournement, marqué par l’emprise néolibérale de M. Thatcher et D. Reagan s’est produit dans les années qui ont suivi les chocs pétroliers ; retournement qui a semblé masqué par les succès électoraux de la gauche ; mais celle-ci n’a pas réussi à résister au retour en force du capital financier et à ses effets destructeurs (précarité de l’emploi, approfondissement des inégalités, périls écologiques) , déstabilisateurs (excès de spéculation, bulles et crises financières, effondrement de larges pans de l’économie) et anxiogènes ( peur de l’avenir, sentiment d’impuissance, défiance à l’égard des autres , repli  identitaire). Anxiété qui ne va pas sans indignation et colère, mais qui rejette celle-ci sur les institutions, les politiques, les boucs émissaires, les étrangers et qui rend perméable aux idéologies de droite et aux solutions autoritaires.

Ces effets ont été considérablement renforcés par la crise financière : elle accroît détresses et menaces ; sa gravité rend plus lourde l’oppression du marché financier, plus impérieuse la nécessité d’y faire face ; par contraste, elle met en lumière le bouillonnement des initiatives citoyennes  qui cherchent à s’opposer aux injustices, à défendre l’intérêt général, à sauvegarder l’environnement et qui, ce faisant, mettent au cœur de l’économie de nouveaux modes de production , d’échange, de décision. Ce sont là des oasis de vie, de solidarité, des espaces de renouveau qui sont encore trop rares, trop fragmentés, trop fragiles pour en faire un choc politique, prétendre à un changement de cap. Ils n’ont pas encore entre eux les liens nécessaires, l’emprise globale pour donner, à l’exception d’une amorce sur certains territoires, l’assurance d’une autre donne refoulant l’économie fondée sur l’excès de profit ; ils n’ouvrent pas encore la voie à l’émergence d’une économie confiante, patiente et collaborative et d’une société conviviale.

               Il existe des moyens à mettre en œuvre pour multiplier, conforter ces oasis et surtout pour les relier entre eux en faisant apparaître leur transversalité, leur globalité.

               - Le premier moyen, le plus sûr bien qu’à terme long,  est l’intégration des initiatives citoyennes au parcours d’enseignement puis de formation, non seulement comme des matières complémentaires mais au cœur de tous les travaux éducatifs et de toutes les activités internes ou externes propres à l’enseignement. Un programme quinquennal d’intégration, et des institutions paritaires pour l’évaluer devraient être miss en place.

               - Des moyens d’ordre financier. Il existe déjà des outils de finance solidaire publics et privés qui drainent une épargne importante et soutiennent les initiatives citoyennes de solidarité. Le changement d’échelle des projets solidaires, circulaires,  collaboratifs appelle un rôle élargi et une meilleure performance de ces outils, particulièrement dans leur capacité d’accompagnement et d’évaluation. Performance qui implique le recueil, la classification et la transparence des données statistiques sur les flux financiers entrant et sortant des territoires. Il nous faudrait une loi, proche du Community reinvestment Act américain qui organise cette transparence, ce qui a évité lors des « subprimes » l’effondrement des petites banques locales.

               -Il faut enfin revoir la notion de richesse produite en introduisant, comme certains territoires commencent à le faire, des données sur le bien-être, le bien-vivre et inversement le mal-être évité. Il est clair que l’évaluation des projets solidaires ne peut se faire qu’en fonction  d’externalités qualitatives concernant tant l’environnement que la vie des citoyens.

 

Claude Alphandéry

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