La gauche a perdu la bataille idéologique et culturelle face au néolibéralisme et à l’idéologie managériale. Le New Public Management et la corporate gouvernance se présentent comme parfaitement neutres alors qu’ils véhiculent une conception de l’homme et la société qui doivent s’adapter aux exigences du capitalisme. 

La novlangue managériale empêche de penser les contradictions et les conflits du monde hypermoderne ce qui contribue à produire des organisations paradoxantes qui confrontent les travailleurs à des dilemmes insolubles, à la perte de sens et à l’impuissance. La culture de la haute performance oblige les employés, les cadres et les dirigeant à mentir, à maquiller les chiffres et à tricher, au mépris de la loi et  des grands discours sur l’éthique.

De ce constat découlent trois propositions

  1. Développer une analyse critique des paradigmes qui fondent les sciences  de la gestion et la MAP (modernisation de l’action publique) ; à savoir, l’utilitarisme qui appréhende l’humain en ressource pour l’entreprise, le fonctionnalisme qui débouche sur une prescriptophrènie galopante (maladie de la prescription), l’objectivisme qui engendre une quantophrénie aiguë (maladie de la mesure) et les théories du capital humain qui conduisent au prima de la rationalité instrumentale sur toute autre approche. Refonder les sciences de la gestion sur des paradigmes pluridisciplinaires issues des sciences sociales et de l’épistémologie de la complexité.
  2. Changer l’enseignement du secondaire jusqu’au 3ème cycle et surtout aux Grandes Écoles en supprimant la sélection par les mathématiques. Introduire des enseignements équilibrés entre les sciences exactes, les Humanités et les approches artistiques. Favoriser l’esprit critique par l’enseignement de la recherche et de la créativité dés le plus jeune âge (cf. les textes d’Edgar Morin sur le même sujet).
  3. Développer des collectifs de réflexivité et de délibération au sein de toutes les organisations pour désamorcer le caractère destructeur des logiques paradoxantes. Transformer les dispositifs d’évaluation performatifs (fondé sur la mesure des résultats à partir d’indicateurs chiffrés) en dispositifs d’évaluation dynamiques et participatifs (fondé sur le recueil des points de vue de l’ensemble des acteurs concernés). Favoriser le refus d’obéissance face à des prescriptions illégales au sein des organisations. Soutenir et protéger les lanceurs d’alertes et toutes les personnes dénonçant des pratiques illicites

 

Vincent de Gaulejac

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