La croyance en une sortie de crise par un regain de la croissance marchande reste largement majoritaire, tant dans les médias que dans l’opinion publique. Elle entretient le drame actuel qui réside dans le gouffre séparant société et politique. Les gouvernants négligent les très nombreuses initiatives citoyennes dont les promoteurs, en retour, s’éloignent du monde institutionnel. 

Les propositions, présentées à titre d’exemples ci-dessous, visent à construire une alliance entre (néo)keynésiens, responsables publics et acteurs de la société civile. Il faut amener les premiers à se déprendre de l’étatisme et de l’expertisme, les deuxièmes à se départir du dédain vis-à-vis des innovations sociales, les troisièmes à se délivrer de l’illusion d’une transformation par les seules expériences du terrain.

  • Première proposition : défendre la solidarité démocratique et publique contre la solidarité philanthropique et privée.

La seconde vague du néolibéralisme, après 2008, ne se contente pas de promouvoir la concurrence généralisée, elle produit un discours du social, outillé par différentes méthodes (social business, social impact bonds, responsabilité sociale de l’entreprise, bottom of the pyramid, venture philanthropy, …). Ayant toutes pour caractéristique de faire sortir la solidarité de l’orbite publique en renouant avec la philanthropie, elles substituent aux droits le langage de la compassion, se concentrent sur la réduction de la pauvreté mais ne se fixent pas pour objectif de lutter contre les inégalités. Cet aménagement du système existant par une moralisation affaiblit la démocratie au profit de la ploutocratie. Pour relégitimer la solidarité démocratique, il est toutefois nécessaire de ne pas la confondre avec la seule action des pouvoirs publics mais d’en retrouver les deux composantes complémentaires que sont la redistribution publique, dont les normes sont fixées par la démocratie représentative, et la réciprocité égalitaire, qui repose sur l’auto-organisation des personnes concernées. D’où :

  • Deuxième proposition : favoriser les rapprochements et les partenariats entre associations, communs et pouvoirs publics.

Sur les territoires locaux et régionaux, il est temps d’œuvrer, en partant des regroupements existants, à un travail conjoint des acteurs publics et associatifs comme des producteurs du commun. L’objectif est de réagir à l’envahissement du service public par le « new public management », de riposter à la normalisation de l’action associative et de désamorcer la captation de l’économie collaborative par le nouveau capitalisme.

  • Troisième proposition : financer un vaste programme en faveur des innovations sociales, culturelles, écologiques contribuant au bien vivre.

Cette suggestion repose sur la récupération d’une part des considérables financements publics (30 milliards de baisse de charges, 40 milliards pour le pacte de responsabilité) destinés aux grandes entreprises privées qui se traduisent par des effets massifs d’aubaine et de substitution. Contrairement à la propension conformiste qui consiste à valoriser le bénévolat et le civisme dans le monde associatif mais sans prendre en compte sa réalité économique, il convient de développer un programme ayant pour but de structurer des activités mixant emplois de droit commun et engagements volontaires (aide à l’investissement immatériel et au démarrage, au renforcement des entités existantes, à la professionnalisation et à la solvabilisation, …). Un tel soutien, sur une durée de trois à cinq ans, est en mesure de stabiliser beaucoup de pratiques générant de forts bénéfices collectifs sur le plan local. En montrant que la priorité est à l’amélioration des modes de vie, elle est également susceptible de redonner espoir et de favoriser des opportunités d’emplois et d’activités ayant du sens pour des jeunes générations dont l’intégration dans le travail est sans cesse plus difficile.

 

Jean-Louis Laville

 

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