Les aberrations, qui découlent de la récupération de l’agriculture et de l’élevage par l’agro-business, sont incompatibles avec les impératifs écologiques et avec la prise en compte du bien-être humain et animal

D’où, les trois propositions suivantes  :

  1. Dans l’élevage. Ma première proposition est de revenir, progressivement mais de manière volontariste, à un élevage extensif, en aidant les éleveurs à se convertir à ce modèle qui, sans être parfait, est plus respectueux des animaux. Il s’agit donc d’aider financièrement les éleveurs en leur donnant un salaire minimal compensant les pertes dues au prix de la viande et du lait et aux dépenses liées à la nourriture et à l’entretien des bêtes. Leur survie dépend aussi du fait que des taxes seront imposées aux produits venant de pays qui exportent la viande et le lait à bas prix en raison du système d’élevage concentrationnaire qu’ils ont délibérément choisi ( ferme des 1 000 vaches en Allemagne) et des salaires misérables des employés des abattoirs auxquels la société délègue la tâche de tuer les animaux.
  1. Cela vaut aussi pour l’agriculture de manière générale. L’agriculture n’est pas seulement le fait de produire des aliments, mais elle joue un rôle important dans la composition et la préservation des paysages. Un salaire minimal doit être versé aux agriculteurs qui entretiennent le pays et le paysage. On ne peut ni produire ni échanger des biens comme les céréales, la viande comme s’il s’agissait de produits manufacturés et les soumettre à un marché mondial qui est, en fait, dérégulé. Certains biens, en raison de leur nature même et du travail spécifique des personnes les produisant, doivent être produits et échangés de telle sorte que les échanges n’entraînent pas des injustices, des contre-productivités et, au final, leur disparition. Ce point est capital et suffit à lui seul à refuser le TAFTA. D’une certaine manière, on pourrait étendre ce qui a été dit, comme cela est suggéré dans l’introduction, à tous les métiers relevant de services : la santé, l’éducation, en particulier l’université.
  1. L’amélioration de la condition animale doit figurer parmi les devoirs de l’Etat, non seulement parce que les animaux font partie de notre vie et donc que notre politique est une zoopolitique, mais aussi parce que nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus supporter l’image de l’humain que nous renvoient ces traitements barbares infligés aux animaux qui sont des êtres sensibles, des subjectivités non représentationnelles, qui ne sont ni de droite ni de gauche, ni kantiens ni hégéliens, mais dont la vie compte. Nos rapports aux animaux ne soulèvent pas seulement des problèmes de cruauté, mais aussi des problèmes de justice, et témoignent de l’injustice de notre justice, de la souveraineté quasi absolue que nous nous octroyons sur des êtres dont les normes éthologiques limitent notre droit d’en user comme bon nous semble. Cela veut dire qu’il n’est pas question d’imposer le végétarisme ni le véganisme, mais d’arriver à améliorer la condition animale, que l’on continue à manger de la viande ou que l’on s’abstienne de tout produit animalier.

Je développe certains de ces points dans un chapitre de Eléments pour une éthique de la vulnérabilité (Le Cerf, 2011) et dans la théorie de la justice comme partage des Nourritures que l’on trouve dans Les Nourritures. Philosophie du corps politique (Seuil, 2015). 

 

Corine Pelluchon

 
 
 
 
 
 
 

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