La situation désespérée du présent me remplit d'espoir

Dans le premier, le délire occidental, la pléonexie (vouloir toujours plus) à l’œuvre dans le néolibéralisme se transforme en risque de tout perdre (dislocation des subjectivités, déchirure du lien social, épuisement de la planète, destruction des bases mêmes de la vie sur terre).

Le second, le délire théo-fasciste de l’islamisme djihadiste prétend, contre l’égoïsme érigé en système et la démesure caractérisant l’Occident, restaurer une pureté absolue. Or, quand cette pureté originaire revendiquée se réalise, elle se transforme en souillure et en horreur absolues.

Le troisième, le délire identitaire néo-fasciste (qui monte aujourd’hui partout en Europe) se présente comme le seul rempart possible contre les deux premiers. Contre la mondialisation néo-libérale, il prône un retour à la patrie. Non pas une patrie fondée sur un principe universaliste (du type « liberté, égalité, fraternité »), prête à s’ouvrir à qui ferait sien ce principe. Mais une patrie refermée sur elle-même, désignant des boucs émissaires, les étrangers, pour que des acolytes réputés « amis » se regroupent et décrètent contre ces « ennemis » l’« état d’exception.

Ces trois délires tendent de plus en plus à former système : on ne sort de l’un que pour entrer dans l’un des deux autres.

Lorsqu’on cherche ce qui pourrait nous prémunir contre cette « folie à trois », on pense à trois institutions : l’État (en charge de la protection dynamique des populations), la presse et les médias (pour alimenter les débats nécessaires à la formation d’hommes libres, c’est-à-dire capables de penser et d’agir par eux-mêmes), l’université (pour produire le travail intellectuel susceptible de fournir de quoi penser les diff érentes dimensions de cette situation complexe). Or ces institutions sont malades.

Puisqu’aucun des garde-fous démocratiques ne fonctionne plus, il faut songer à tout refonder à partir des principes de dignité et de commune humanité, également bafoués par ces trois délires. Il se pourrait bien que le travail actuellement fourni par Les Convivialistes puisse fournir les bases de cette reconstruction – probablement une des dernières possibles avant la catastrophe annoncée.

Dany-Robert DUFOUR, philosophe, professeur à l’Université Paris VIII, a publié plusieurs ouvrages sur les formes de subjectivation et de socialisation. Il est engagé depuis quinze ans dans une anthropologie critique du libéralisme. Derniers livres parus : Le divin Marché (Folio essai Gallimard), La Cité perverse (Folio essai Gallimard), Le délire occidental (LLL), et Pléonexie [dict. : « Vouloir posséder toujours plus »] (Le Bord de L’eau, 2015).

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Face à trois délires politiques mortifères, l'hypothèse convivialiste
Dany-Robert Dufour
Collection "Documents"
Le Bord de l'Eau

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