REPORTERRE 21 mai 2018 / Des membres de la société civile 

Le rapport de Jean-Louis Borloo pour « un changement radical dans la conduite de l’action publique » dans les quartiers populaires a été remis au Premier ministre. Alors qu’Emmanuel Macron doit intervenir sur le sujet demain mardi, les signataires de cette tribune demandent une mise en œuvre « sans réserve » du plan Borloo.

Le 26 avril, Jean-Louis Borloo a remis au Premier ministre le rapport sur la politique de la Ville que lui avait demandé Emmanuel Macron en novembre 2017. Intitulé Vivre ensemble - vivre en grand la République, ce rapport appelle à « un changement radical dans la conduite de l’action publique »dans les quartiers populaires à travers 19 mesures pour « faire revenir la République » dans les quartiers face au « repli identitaire et communautaire ». L’ancien ministre de la Ville demande notamment de relancer la « rénovation urbaine », d’« investir dans la petite enfance », d’« agir fermement pour la sécurité et la justice », de « lutter contre l’illettrisme » et de créer « 200 campus numériques ». Le financement se ferait par la création d’un fonds de plus de 5 milliards d’euros abondé notamment par « la cession des participations de l’État en 2018 » (10 milliards annoncés).

Comment préserver l’autorité de l’Etat et « en même temps » externaliser ses missions en les abandonnant à la spéculation financière ? Comment « en même temps » placer la République sous l’enseigne de la « fraternité » et évoquer ces « gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien » ?  Comment concilier Ricoeur et le CAC 40 ? Le psychanalyste Roland Gori explore brillamment pour « Le Média » les paradoxes et les impostures d’une expression devenue la marque Macron.

« Nous serions capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne nous versent pas de dividendes. [1]»

L’expression « en même temps » est passée, non sans ironie, dans le vocabulaire des médias et du monde politique. Comme la célèbre phrase de Bartleby[2], « I would prefer not to »,une expression peut « corrompre » l’entourage politico-mondain qui est le plus hostile à son promoteur. Emmanuel Macron a fait de cette expression, « en même temps », sa marque de fabrique politique. Dès le mois de juillet 2017 dans le quotidien Libération[3] j’attirais l’attention sur la complexité et la signification de cette formule qui, au-delà de son effet de divertissement, condense la vérité d’une signature politique.

Patrick Viveret :

Qu'est ce qu'une approche convivialiste pourrait apporter pour penser autrement l'enjeu du conflit catalan et éviter qu'il ne dégénère en une nouvelle guerre d'Espagne dont les métastases meurtrières pourraient, aujourd'hui comme hier, conduire l'Europe au bord du gouffre ?  

Après les Kurdes et les Écossais, c'est en effet au tour des Catalans de mettre en évidence l'une des contradictions majeures présente au cœur  du Droit International : le principe du " droit des peuples à disposer d'eux mêmes" finit par servir de paravent à ce que l'on peut appeler " le droit des États à disposer de leurs peuples". Là où le principe démocratique fonde le contrat social et politique sur la libre adhésion des citoyens à la collectivité dont ils sont les co-constructeurs, les co-gérants de par leur statut de citoyen, le  principe autoritaire est en réalité à l'œuvre dans la conception des États propriétaires de leurs territoires et des collectifs humains qui y vivent. Cette Vision d'Ancien Régime est aussi inacceptable que celle qui interdit l'apostasie ( le changement de religion) ou celle qui prétend instituer le mariage ou le refus du divorce sans tenir compte de l'avis des époux. Quant à  l'argument du risque de chaos, il est aussi discutable que celui utilisé pendant des siècles pour justifier le mariage pour raisons sociales ou imposer en Europe que la religion du prince soit aussi celle de son peuple. Aujourd'hui le seul argument opposé aux Catalans non seulement par le Pouvoir espagnol mais également par l'Europe est aussi le risque de chaos. S'il avait été le principe démocratique, c'est l'exigence d'un référendum (ou toute autre forme de consultation démocratique) organisé dans des conditions satisfaisantes,  qui aurait été cœur  du processus. Cette exigence aurait été légitime car le passage en force des nationalistes Catalans est lui même inacceptable. 

Marielle est fille des favelas, les bidonvilles de Rio de Janeiro. Elle était noire, belle, jeune et charismatique. Elle avait étudié la sociologie et obtenu un master en administration publique. Féministe, Black et lesbienne, elle défendait les droits de l’homme, des femmes et des exclus. Elle avait été élue membre de l’assemblée municipale de Rio de Janeiro avec 46000 votes lors des élections municipales de 2016, lesquelles ont par ailleurs installé un évêque de l’Église universelle du règne de Dieu à la mairie. Le 14 mars elle a été assassinée. Quatre balles tirées d'un revolver de 9 millimètres ont transpercé son visage. Ces mêmes tirs ont également tué Anderson Pedro Gomes, son chauffeur. Au Brésil, les militants des droits de l’homme sont souvent menacés de mort. Cependant, les assassinats politiques sont rares. Ce crime a sans doute été perpétré par la police militaire ou par des groupes paramilitaires, ou les deux. Un policier qui intervient dans les bidonvilles contre les trafiquants de drogue pendant la journée peut aisément rejoindre des milices pendant la nuit. Le message venant du monde souterrain est clair et net. « Ne vous mêlez pas de nos affaires! Tous ceux et celles qui dénoncent publiquement les violations de droits de l’homme et défendent le peuple des bidonvilles et des banlieues risquent d’être tués, torturés ou «disparus».

Pour conduire la mutation vers une agriculture répondant aux aspirations essentielles du monde, la voie de l’agroécologie est de plus en plus privilégiée par des agriculteurs remis en question par divers malaises personnels et collectifs. Cette nouvelle approche de l’agriculture est, par bien des côtés, un cheminement éthique qui conduit à mettre en œuvre et à expérimenter un tissu de relations et de visions propices à réinventer une autre forme de communion avec soi-même, les autres, la terre et le vivant.

Texte proposé en débat pour l’Université rebelle, citoyenne et solidaire

 Ce texte proposé à l’origine par Patrick Viveret a été amendé en fonction de premières remarques émanant  du réseau « bien vivre en acte »[1] au sein de l’archipel citoyen des Jours heureux. Il est proposé pour alimenter le débat en vue de « l’Université rebelle, citoyenne et solidaire » organisée fin août à Grenoble. Il a pour objet d’éclairer également le volet expérimentation que se propose de développer l’Université.

Il pourrait servir de base de débat à une journée de séminaire organisée pendant l’université sur le bien vivre en acte. Séminaire qui suppose une proposition portée par au moins cinq organisations. Au sein de l’archipel citoyen ces cinq organisations pourraient être outre l’ïle Nanoub, les Dialogues en humanité, le mouvement Sol des monnaies citoyennes, les chemins de la métamorphose, Chemin Faisant ainsi bien sûr que Le Crid s’il peut se rendre disponible pour participer pleinement à ce séminaire. Toute autre organisation membre de l’archipel est bien sûr bienvenue.

Davos, encensé ou décrié, semble n’être qu’un forum où se rencontrent depuis 1971 ceux qui, par leurs actions et leurs interactions, assurent la gouvernance du Monde, en fonction de leurs valeurs, de leurs intérêts et des contraintes rencontrées. La forme de mondialisation que Davos impulsait a semblé devenir de plus en plus dangereuse pour des intellectuels et des militants qui se sont dits anti puis « altermondialistes ». Ils ont tenté de trouver les moyens de contrecarrer cette évolution en réunissant un Forum social mondial au Brésil, fin janvier 2001, en même temps et en opposition au Forum de Davos.

Lors de la séance de lancement du Club des convivialistes, le 18 janvier à Paris, deux interventions liminaires ont servi à lancer la discussion.

 Intervention d’Alain Caillé

 « Dans le vaste champ des alternatives au monde néolibéral qui se cherchent, quelle est notre spécificité ? Qu’est-ce qui nous permet de croire que nous avons une chance, même petite, infime, mais qui vaut la peine d’être tentée, d’aller plus loin que d’autres, avec eux, de les et de nous aider les uns les autres à avancer ?  À quoi peut bien servir un Club convivialiste ? Il me semble que notre spécificité  tient à deux points, l’un qui concerne le fond, l’autre la forme ou ses modalités de fonctionnement.

En Turquie, l’Etat de droit n’est pas en vigueur. Rappeler cela est une lapalissade. Mais l’Etat de la loi non plus n’a plus cours. Le gouvernement n’accepte pas de se soumettre aux lois qu’il a lui-même promulguées. Le chef de l’Etat turc se flatte souvent de ne pas diriger un « Etat tribal », mais les règles et les traditions auxquelles le dirigeant d’un Etat tribal est d’ordinaire soumis ne sont plus vigueur en Turquie aujourd’hui. Le chef de l’Etat et son gouvernement n’admettent la validité que de ce dont ils ont besoin à un instant précis. Il s’agit d’une dictature dont la raison lui est totalement intrinsèque et qui se considère libérée des contraintes de la constitution et de la loi. C’est ce que l’on appelait autrefois la tyrannie.

Comme l’affirme un vieux proverbe, « tous les chemins mènent à Rome ». Devant la diversité des expériences dites du « socialisme réel », le camp marxiste a dû aussi admettre, comme Gomulka l’affirma à Varsovie le 24 octobre 1956, sous la menace d’une intervention soviétique, qu’il y avait différentes voies d’accès au communisme. Il faut convenir aujourd’hui que de la même façon il y a plusieurs chemins menant à la destruction de l’humanité, telle qu’on la conçoit encore aujourd’hui.

La codétermination serait indispensable à une véritable réforme du travail

Quatre-vingt-onze universitaires, dirigeants d'entreprise, syndicalistes et personnalités politiques internationales appellent au renforcement de la présence des salariés dans la gouvernance des entreprises

La codétermination fait l'objet d'un mouvement de fond. Depuis quelques années, de nombreux chefs d'entreprise, dirigeants syndicaux, personnalités politiques, économistes, juristes et acteurs sociaux ont pris position en sa faveur en France. Ils demandent un renforcement de la présence des représentants des salariés dans les conseils d'administration ou de surveillance des entreprises, que ce soit sur le mode allemand (une moitié de représentants salariés dans les grandes entreprises) ou scandinave (un tiers de représentants dans les plus petites entreprises), ou selon des formes intermédiaires. L'idée n'est pas nouvelle, puisque sa mise en oeuvre dans le secteur privé date des années 1950. En Allemagne, en Autriche, en Scandinavie, en Finlande et aux Pays-Bas, elle participe d'un modèle qui s'attache à protéger les salariés tout en recherchant l'efficacité économique. En France, elle trouve des soutiens dans toutes les sensibilités politiques.

Europe, environnement, dette mondiale: les candidats à la présidentielle ont tous eu une approche parcellaire ou rhétorique de ces problèmes colossaux. Aucun n’a su amorcer une sortie de l’économisme.

 Et maintenant ?

Déjà au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle on comprenait bien les raisons pour lesquelles l’offre politique proposée à nos suffrages, celle des gagnants comme celle des perdants, s’avérait dramatiquement insuffisante. Cette incapacité des programmes politiques à identifier les défis cruciaux de notre temps et à y proposer des remèdes plausibles n’est bien sûr pas propre uniquement à la France.

Discussion à partir des livres de Dominique Méda et Marie-Monique Robin.

Compte-rendu de la réunion des convivialistes du 4 février 2015 

 Présents : Ahmet Insel, Jacques Lecomte, Marc Humbert, Gus Massiah, Jean-Baptiste de Foucauld, Bernard Perret, Susan George, Anne-Marie Fixot, Dominique Méda, Marie-Monique Robin, Alain Caillé, Alfredo Pena Vega, Vicherat, Antoine Bevort, Antoine Peillon, Christophe Fourel, Pierre-Olivier Monteil, Geoffrey Pleyers, François Gèze.

 Excusés : Jean Baubérot, Vincent de Gaulejac, Isabelle Sorente, Philippe Chanial, Patrick Viveret, Sylvie Gendreau Fabienne Brugère, Jacqueline Morand, Roger Sue.

 Une séance très riche, comme on pourra le constater. Ouverte par quelques mots d’introduction d’A. Caillé : Partout, dans les conférences que nous faisons les uns et les autres en France ou à l’étranger, on ressent une énorme demande d’esquisser les contours d’une autre société, de sauver et de développer le « vivre-ensemble » (autrement dit le convivialisme). Tout le monde se demande, nous demande : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? ». Et cette inquiétude et cette demande se sont encore sensiblement intensifiées après le 7 et le 11 janvier, ce qui confirme une des idées centrales du Manifeste convivialiste : ce qui nous manque le plus aujourd’hui, c’est une philosophie politique alternative qui expose comment nous pourrons encore vivre ensemble « en nous opposant sans nous massacrer ». « Convivialisme » est le nom de cette philosophie politique qui se cherche un peu partout à travers les associations qui composent la « société civique ». Mais elle ne deviendra crédible que si nous parvenons à préciser les grandes caractéristiques, et notamment économiques, de la société que nous voulons voir advenir. Pour cela, le mieux est de partir de la discussion des analyses et des propositions de Dominique Méda et Marie-Monique Robin qui, parmi nous, sont de celles et ceux qui ont été le plus loin dans cette direction.

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