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jeudi mars 23, 2017

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déjà plus de 3600 signatures - Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire. Et urgent. Mais comment dessiner ses contours et le penser ? Ce site se propose d’être un espace de rencontre entre tous ceux qui, dans l’esprit du Manifeste convivialiste, inventent des formes de démocratie post-croissantiste, en théorie ou en pratique. Faites-le vivre notamment en exposant dans la rubrique Vies convialistes comment la vie et votre profession pourraient devenir plus conviviaux, et en alimentant les discussions dans le Forum.
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Régis Meyran

In Sciences Humaines, «Les grandes idées politiques – état des lieux », Hors-série N°21 - mai/juin

2016

Un manifeste récent, signé par une centaine de chercheurs, entend réformer en profondeur les

principes de la société, pour vivre mieux alors que la croissance économique disparaît.

La croissance économique, mesurée par le PIB qui quantifie la production des richesses par les

ménages, les entreprises et les institutions, est indéniablement en berne dans de nombreux

pays : elle atteint à peine 1,1 % en France pour l’année 2015. En cause notamment le

chômage fort qui empêche de nombreux citoyens de consommer. Or, de plus en plus de

chercheurs estiment que la croissance et la consommation ne doivent pas être un but en soi.

En 2013 paraissait ainsi un « manifeste convivialiste », un texte signé par une centaine de

chercheurs, qui vise à accompagner sur le plan des idées les espoirs d’une société

postnéolibérale portés par différents mouvements citoyens. Le point de départ de ce

mouvement remonte à une rencontre à Tokyo en juin 2011 entre le sociologue Alain Caillé, les

économistes Marc Humbert et Serge Latouche et le philosophe Patrice Viveret. « Une société

conviviale est-elle possible ? », se demandaient les participants, en hommage au penseur de

l’écologie politique Ivan Illich. Ce dernier mettait en lumière la contre-productivité de

nombreuses institutions, une fois celles-ci ayant atteint un certain niveau de complexité

bureaucratique (1).

A. Caillé a suggéré de mettre en commun les idées d’un certain nombre de mouvements

critiques. Selon lui, le problème n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre la croissance. En

effet, les faits sont là : dans un contexte de capitalisme rentier et spéculatif, il n’y a plus de

croissance dans les pays riches, et elle est même en voie de diminution dans les pays

émergents. De toute façon, celle-ci est insoutenable à terme sur le plan écologique. Dès lors, si

la démocratie ne repose plus sur la seule perspective d’un enrichissement infini pour tous, sur

quelles valeurs faut-il la fonder ? A. Caillé propose alors d’utiliser le mot de convivialisme et

publie dans la foulée, avec ses trois collègues, un livre intitulé De la convivialité (2). Le

mouvement convivialiste était né.

Une quarantaine d’intellectuels engagés alternatifs s’est rapidement jointe aux trois

fondateurs, formant ainsi un club de réflexion qui regroupe différentes disciplines (sociologie,

économie, psychologie…) et des collectifs issus de la société civile (Attac, Pacte civique, Parti

pirate, Démocratie ouverte…). Le spectre des sensibilités y est large – de la gauche de la

gauche au centre gauche. On y trouve des membres du Mouvement antiutilitariste en sciences

sociales (Mauss), de la décroissance, des Économistes atterrés, de l’économie sociale et

solidaire (Claude Alphandéry, Jean-Louis Laville) et du catholicisme social (Jacques

Lecomte, Jean-Baptiste de Foucauld). Leurs réflexions ont débouché sur la publication d’un

Manifeste du convivialisme (3), traduit depuis dans une dizaine de langues et suscitant des

réflexions intenses en Allemagne, en Italie, au Brésil.

Le convivialisme est avant tout un projet de réforme de la société. Il propose une philosophie

 

politique alternative aux grandes doctrines politiques classiques (libéralisme, socialisme,

communisme, anarchisme), afin de mettre un terme à l’hubris, cette soif de démesure, du

« toujours plus », caractéristique du capitalisme actuel. Face à cela, les convivialistes mettent

en avant quatre grands principes : la commune humanité, la commune socialité, la légitime

individuation et l’opposition maîtrisée.

• La commune humanité - Nous appartenons tous à

une même espèce humaine et avons un devoir

d’humanité vis-à-vis de notre prochain.

• La commune socialité - La vraie richesse n’est pas

économique, elle réside dans les rapports sociaux.

• La légitime individuation - Chacun doit pouvoir faire

reconnaître sa singularité.

• L’opposition maîtrisée - Les hommes doivent

pouvoir « s’opposer sans se massacrer » (Marcel

Mauss).

Source : Alain Caillé, Pour un manifeste du

convivialisme, Le Bord de l’eau, 2011.

Des institutions fondées sur la fraternité

Au-delà de la pétition de principe, comment mettre en oeuvre concrètement ces principes ? Les

convivialistes hésitent à se lancer dans un projet politique. Ils formulent néanmoins un

certain nombre de propositions pratiques, concernant l’économie, les institutions, la

démocratie ou encore l’Europe. Ainsi, sur le plan politique : pour revigorer la classe politique,

pourquoi ne pas instaurer le tirage au sort des élus (idée développée notamment par Yves

Sintomer) ? Ou encore mettre un terme à la scission entre l’université et le système des

grandes écoles qui, selon A. Caillé, fabrique une cascade de mépris du haut en bas de la

société ?

Sur le plan économique, une majorité d’entre eux, en suivant les travaux de Jean Gadrey, se

prononcent pour un revenu minimum pour tous cumulable avec d’autres revenus éventuels,

plutôt que pour une allocation universelle (revenu minimum inconditionnel donné à tous,

riches ou pauvres, jeunes ou vieux). Par ailleurs, ils réfléchissent à des solutions pour

empêcher l’extrême richesse en instaurant un revenu ou un patrimoine maximum. Ou encore

à faire de l’euro une monnaie non plus unique mais commune, ce qui permettrait aux trésors

publics nationaux d’avoir plus d’autonomie – c’est le point de vue de Bruno Théret,

spécialiste des monnaies complémentaires.

Sur le plan de la société, d’autres questions émergent. Comment développer une éthique

convivialiste dans l’entreprise, et donc la rendre plus efficace ? « En France notamment, les

rapports de travail au sein des entreprises sont parmi les pires au monde, sans parler de l’impact

délétère du néomanagement », affirme A. Caillé. Plus généralement, comment sortir de

l’évaluation permanente, présente dans l’entreprise, les administrations, l’université et l’école,

facteur de stress, de conformisme et d’aliénation ? Pour J. Lecomte, il faut s’inspirer de la

 

« psychologie positive ». Selon lui, les institutions doivent se fonder sur la fraternité et non la

coercition : « Voyez le cas de la justice restauratrice, fondée sur des médiations entre agresseurs et

victimes : celle-ci permet, dans des conditions de sécurité optimales pour les victimes, une bien

meilleure reconstruction psychologique des victimes et une meilleure prise de conscience de la gravité

de leur acte du côté des agresseurs, que la justice pénale. »

Ce projet étonnamment ambitieux a rencontré quelques critiques : on a reproché ainsi aux

convivialistes de formuler une théorie encore en chantier aux contours flous, et d’employer un

ton volontiers catastrophiste, voire messianique (4). Quoi qu’il en soit, les convivialistes

veulent réinventer les fondements de la société. Pourquoi pas en effet ? Il est peut-être temps

de réenchanter le monde.

NOTES

1. Ivan Illich, La Convivialité, Seuil, 1973.

2. Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche et Patrice Viveret, De la convivialité. Dialogues

sur la société conviviale à venir, La Découverte, 2011.

3. Alain Caillé, Pour un manifeste du convivialisme, Le Bord de l'eau, 2011.

4. Critiques sur le site Lectures.revues.org

Le texte est disponible en ligne sur http://www.scienceshumaines.com/convivialisme-lebonheur-

sans-la-croissance_fr_36182.html

Abrégé du manifeste convivialiste

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources matérielles et de compétences techniques et scientifiques. Prise dans sa globalité, elle est riche et puissante comme personne dans les siècles passés n’aurait pu l’imaginer...

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Konvivialismus: ein Manifest (Kurzfassung)

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Birlikte Yaşama Manifestosu (Özet)

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Abridged version of the Convivialist manifesto

Humanity has never had so many material resources as well as scientific and technical expertise at its disposal. Taken as a whole, its wealth and power have grown to an extent unimaginable...

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Compendio del Manifiesto convivialista

Nunca antes la humanidad dispuso de tantos recursos materiales y tantas competencias técnicas y científicas como ahora. Considerada en su totalidad, es rica y poderosa como nadie hubiera podido imaginarlo en los siglos pasados...

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Déclaration universelle d’interdépendance généralisée

Au cours de sa très longue histoire, l’humanité s’est déployée dans un petit coin de l’univers, formant des groupes organisés de personnes, de communautés, de peuples, d’États entre lesquels les relations ont souvent été dramatiques. Cette déclaration universelle reconnaît que la vie est une valeur essentielle ...

 

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Síntese do Manifesto convivialista

Jamais a humanidade dispôs de tantos recursos materiais e competências técnicas e científicas. Considerada em sua globalidade, ela é rica e poderosa, como ninguém nos séculos anteriores poderia imaginar...

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Rezumat al manifestului de convivialitate

Niciodata pana acum omenirea nu a dispus de atat de multe resurse materiale sau competente tehnice si stiintifice. In ansamblul sau, omenirea este mult mai bogata si mai puternica decat si-ar fi putut imagina oricine in secolele trecute ...

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Universal declaration of generalised interdependency

Throughout its very long history, humanity has grown and spread throughout its small corner of the universe by the formation of organised groups of people and communities, peoples and States between which relations have often had dramatic consequences. This universal declaration recognises that life is an essential value ...

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Compendio del Manifiesto convivialista

Mai come oggi l’umanità ha avuto a disposizione tante risorse materiali e competenze tecnico-scientifiche. Considerata nella sua globalità, essa è ricca e potente come nessuno nei secoli passati...

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共生主义宣言

人类拥有的物质资源与科技能力可谓空前。总体而言,人类之富有与强大是过去千百年间任何人都无法想象的。然而,却没有证据显示人类如今更为幸福。当然,也不会有人愿意回到从前,因为人人都可以切实感到, 个体与集体实现其新的潜能的可能性正在与日俱增。

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